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Blog d'une auteure de livres ésotériques, de romans, et de nouvelles.

Je rêvais d'un Autre-monde

Il y a de cela quelques années, j’avais suivi une conférence sur l’art de l’écriture avec un de mes romanciers préférés : Bernard Werber. Ce dernier nous avait mentionné son ouvrage (très hors norme) Le Livre du Voyage, nous invitant ainsi à partir à la découverte de son vrai « chez moi ». Son propre refuge intime. Là où venir se ressourcer quand on le désire.
Un lieu qui n'existe que par la seule force de l'esprit et de l'imagination.

Illustration extraite de la trilogie illustrée "Autre-monde" de Maxime Chattam

Illustration extraite de la trilogie illustrée "Autre-monde" de Maxime Chattam

※ Où s'installer ?
Tout d’abord, il fallut trouver un lieu adéquat. Ce qui ne fut pas chose aisée, il faut bien le reconnaître. Le monde dans lequel j’ai fini par arriver ne ressemble plus à celui que j’ai connu. Un peu comme si la Nature avait repris ses droits, mais avec une puissance sans commune mesure avec ce que l’on aurait pu imaginer.
De nouvelles variétés, tant végétales qu’animales, ont fait leur apparition, et il a bien fallu apprendre à se défendre quand sa vie se retrouve en péril. C’est pourquoi ma fidèle Hadhafang ne me quitte plus. Il ne s’agit peut-être que d’une réplique non officielle de la Trilogie du Seigneur des Anneaux, mais cette élégante épée, semblable à un sabre, ne m’a jamais été aussi utile que maintenant. Elle reste pesamment dans son fourreau de cuir assorti, dans mon dos, attendant que je fasse appel à elle.
Dans mon équipée, je n’ai pas oublié de me munir de mon fidèle ordinateur portable, d’un appareil photo HD, d’une imprimante laser, de générateurs assez particuliers, de batteries, d’une pharmacopée de base, de rations de survie, de toutes sortes d’outils, mais aussi d’une multitude de graines (légumes, céréales, fruits et fleurs). Une chance d’avoir embarqué un livre très complet sur l’art de vivre en autarcie complète. Sans oublier mon épée fétiche, ainsi qu’un arc et toute une réserve de flèches. Au cas où. L’avantage d’évoluer dans un monde onirique est de pouvoir y emporter tout ce qu’on veut, et surtout comme on veut. C’est pourquoi le parfait véhicule est un vaisseau qui peut tout aussi bien voguer sur les flots que voler au fil du vent. Comme dans mes rêves d’enfants.

Par-delà les grandes métropoles envahies par une végétation à la croissance exponentielle, se tient aussi une forêt des plus déconcertante ; les arbres qui la composent mesurent plusieurs kilomètres… de haut. Mais oui. Depuis mon navire, on aurait presque l’impression de voguer sur des flots tumultueux verdoyants, tout en flottant dans les airs. Une mer Sèche en quelque sorte. Un bien étrange paradoxe.
Puis, après un temps de navigation incertain, un espace plus dégagé a fini par se présenter. Le navire fut amarré et une première expédition d’exploration fut effectuée. Il faisait nuit et l’obscurité serait mon alliée pour avancer le plus discrètement possible. Curieusement, je cheminais sur une voie dont le pavement rose était en grande partie recouvert par des lianes et des pissenlits. L’allée de briques serpentait entre les vestiges de nombreux massifs de fleurs qui étaient à présent envahis d’herbes folles en tout genre. Il y avait une grande grille de fer forgé, dont la porte centrale était grande ouverte. Comment ne pas répondre à une invitation aussi clairement formulée ?

Je cheminais à présent, avec Hadhafang au clair, sur une place avec une fontaine de style ancien en son centre. L’eau ne coulait plus. Le circuit d’irrigation devait avoir rendu l’âme. À moins que la présence de ronces abondantes n’ait fini par obstruer les canalisations. Les lieux exhalaient une ambiance empreinte de mystère, d’autant plus qu’une nappe de brume diaphane stagnait un peu au-dessus du sol. Une visite plus approfondie de l’endroit démontrait qu’il s’agissait d’une ville fantôme dont les maisons anciennes, façon XIXe siècle, étaient décrépites. Chaque étage n’était pas à la même échelle par rapport les uns aux autres, allant d’une taille normale au rez-de-chaussée, pour être un peu plus petit au premier étage, et encore moins haut au deuxième. D’ailleurs, aucun n’était plus haut, hormis la cime des arbres environnants. Une chance que l’allée centrale soit encore à peu près praticable. Au bout d’un instant, celle-ci aboutit sur ce qui avait dû être un rond-point central, d’où partaient d’autres routes. Après avoir brièvement examiné les trois premières, qui étaient devenues toutes trop encombrées pour être arpentées, je me suis dirigée sur la dernière qui restait. Bien semblait m’en avoir pris, puisque je finis par aboutir dans une espèce de forêt, bien moins démesurée que celle qu’il m’avait fallu survoler. Surplombant les arbres, l’édifice central s’élevait, presque majestueux dans la lumière de l’aurore.
Voilà, je crois que j’ai enfin trouvé mon sanctuaire.
Il ne restait plus qu'à bâtir mon nouveau "chez moi".

※ Mon refuge.
Un arbre, peut-être un immense chêne blanc, semble parfait en tout point. L’espace d’un instant, le souvenir d’un roman me revient en mémoire : Robinson Crusoe écrit par Daniel Defoe en 1719. L’idée d’une habitation suspendue dans les branches me plaît énormément.
Grâce à la force de l’imagination, il ne faut pas longtemps pour que l’habitation de mes rêves ne finisse par se concrétiser ici, dans ce monde onirique. C’est ainsi que plusieurs cabanons trouvèrent leur place au gré des branches, assez épaisses et solides pour les soutenir. Des passerelles et des escaliers en colimaçon permettant de passer de l’une à l’autre en toute quiétude. Fan de l’œuvre de J. R. R. Tolkien, l’inspiration artistique de l’univers des elfes apporte à ma construction un petit côté fantasque qui n’est pas déplaisante. Avec une rivière qui se déverse en cascade en contrebas, on se croirait presque à Fondcombe. En plus petit, certes, mais tout aussi magnifique.
Quant aux générateurs, ils apportent l’électricité nécessaire à l’ensemble de l’installation domestique. De temps en temps, les moteurs tendent à crachoter, mais cela n’a rien d’incommodant, libérant quelques nuages dorés sentant le miel cuit. En effet, ce n’est pas un quelconque hydrocarbure polluant qui alimente ces générateurs, mais ce que l’on appelle la lumière étrange. Une énergie aussi propre que renouvelable à volonté, et puisque le fait de vivre dans un univers onirique nous permet de faire ce que l’on veut…
Mon refuge comporte ainsi une cuisine fonctionnelle. Normal puisque je suis une gourmande incurable et que je ne saurai renoncer au thé que j’adore boire tout en écrivant. D’ailleurs, ma collection de mugs est rangée dans une étagère basse qui occupe un tiers de la circonférence de ma cuisine, juste en dessous des fenêtres. Quant à la salle de bain, elle se trouve au plus près d’une cascade qui coule non loin de mon arbre-maison. Car il y a même un circuit d’eau courante, ainsi qu’une station d’épuration dans le sous-sol, pour rendre l’eau utilisée aussi pure qu’au moment d’avoir été prélevée. Pour la douche, j’ai récupéré un arrosoir qui est suspendu. Cela lui donne un aspect atypique amusant. Grâce aux panneaux solaires, j’évite même que les douches ne soient glacées. Une autre cabane juste à côté de la cuisine comporte une pièce à vivre, avec un piano où il me plaît de jouer quelques gammes, surtout à l’aube et au coucher du soleil.
Mais le plus important concerne mon bureau. Parce que vous vous doutez bien que mes livres ont été du voyage, eux aussi. Impossible de les laisser derrière moi, pas vrai ? Ici, finies les restrictions budgétaires ! Ma Bibliothèque est bien plus vaste, avec des rayonnages emplis d’une multitude de livres. Le meuble qui sert de bureau fait face aux fenêtres, avec une vue magnifique sur la cascade et la forêt. Là, je peux écrire en toute quiétude. Étant une romancière auto-éditée, il m’est aussi impossible de ne pas avoir une connexion Internet afin de publier mes ouvrages. Mais comme ce monde n’a pas la fibre optique, autant opter pour une antenne satellite, en lien direct avec le restant du monde.
Naturellement, je ne suis pas seule en ces lieux, puisque mes chats ont fait le déplacement. Ils ont très vite trouvé leurs marques dans ce nouveau logis, et bondir de branche en branche semble bien leur plaire. Pantouflards malgré tout, il leur arrive de passer le plus clair de leur temps à faire la sieste, soit sur mon lit à baldaquin, soit sur le sofa du salon. J’aime savoir mes chats heureux, avec moi.
Mon arbre-maison se trouve à quelques pas de la rive d'un lac, où aboutit la cascade d'eau voisine. Non loin loin de là, il y a une nacelle ronde en osier tressé, suspendue par quatre filins. Un matelas épais et une multitude de coussins la rendent très confortable. Un endroit idéal pour lire et se reposer en écoutant les bruits environnants, comme celui de l'eau. Le son qui en résulte est tout aussi apaisant qu'il se combine avec le bruissement du vent dans les feuillages (où j'ai installé quelques harpes éoliennes), et le chant des oiseaux, dont quelques aigles géants qui surplombent le ciel. S'ils sont aussi majestueux que ceux qui vivent dans la Terre du Milieu, ce serait un bonheur de pouvoir explorer les environs en leur compagnie.


Tant que j’y pense ! Je vous ai brièvement mentionné un édifice dont je peux apercevoir la magnificence malgré les plantes qui s’y sont développées, mais je ne vous l’ai pas décrit plus avant. C’est comme un château, celui de Neuschwanstein, avec une multitude de tourelles élancées vers le ciel et une multitude de pignons aux lucarnes étroites qui ornent les remparts. Le donjon et sa haute tour surmontent l’ensemble, telle une fusée d’inspiration médiévale.
Dans le "monde réel", j’ai déjà l’habitude de côtoyer semblable édifice dans mon quotidien professionnel. Même s’il n’est pas vraiment le même, plus d’inspiration issue du Mont Saint-Michel. N’est-il pas ironique que mon monde imaginaire soit en quelque sorte le pendant de l’endroit qui rappelle une réalité plus routinière et terre-à-terre ?

En écrivant ces mots, je suis accoudée à la balustrade de la terrasse qui fait le tour de mon bureau, en savourant une tasse de thé. Le soleil couchant illumine les environs d’une lueur dorée empreinte de beauté, et la silhouette du château n’en est que plus vibrante de magie.
Mais la vérité est que je me sens bien ici.
Chez moi.
À ma place.
Je sais qu’avant, cet endroit s’appelait autrement, mais on ne le connaît plus que sous ce seul nom à présent : Wyrd’Lon-Deis.
Dorénavant, c’est de là-bas que j’écrirai.

M@giquement,
~Lise-Marie Lecompte

Je rêvais d'un Autre-monde

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